Batterie amovible : pourquoi votre prochain smartphone n’en aura jamais

Reading Time: 3 minutes

Vous rêvez encore d’un téléphone avec une batterie amovible que vous changez en trente secondes ? Oubliez. L’industrie a fait un choix, il y a dix ans, et elle ne reviendra pas en arrière. Et honnêtement, après avoir démonté deux Fairphone pour test, je comprends pourquoi.

Le constat vient d’un papier d’Engadget qui remet le sujet sur la table. Et il tombe bien, parce que les nouveaux Galaxy Z Fold 8 et Z Flip 8 viennent justement de sortir avec des batteries scellées comme jamais. J’y reviens plus bas.

Pourquoi les fabricants ont-ils tué la batterie amovible ?

La réponse tient en un mot : compromis. Impossible d’avoir un dos en plastique amovible ET une étanchéité IP68. Les deux s’excluent mutuellement, point.

Souvenez-vous des Samsung Galaxy S5 et de leurs trappes en plastique. Elles se décollaient au bout de six mois. J’en ai eu une, la mienne grinçait dès la sortie de la boîte (oui, c’était moche, mais au moins je changeais la batterie moi-même un dimanche après-midi).

Les fabricants ont donc migré vers l’unibody en aluminium ou en verre. Résultat : plus de finesse, plus de résistance aux chocs, plus d’étanchéité. Mais plus aucun accès direct à la cellule. Le compromis a été validé par le marché, pas imposé par un complot industriel comme on l’entend parfois sur les forums.

Il y a aussi un argument sécuritaire qu’on oublie souvent. Une batterie scellée empêche un voleur de désactiver le tracking GPS en un geste. Avant, on retirait la batterie et le téléphone devenait injoignable. Fini.

Autre point technique : la gestion thermique. Une batterie soudée au châssis dissipe mieux la chaleur qu’une batterie posée dans un compartiment avec de l’air autour. Ce détail compte énormément sur les smartphones qui embarquent de la charge rapide à 45 W ou 65 W. D’ailleurs, si vous voulez creuser les mythes autour de la charge et de son impact réel sur l’autonomie, j’en parle dans cet article sur les mythes de la charge smartphone.

L’Europe va-t-elle nous ramener la batterie amovible en 2027 ?

Alors là, mauvaise nouvelle pour les nostalgiques. La loi européenne de 2023 impose bien des batteries remplaçables « sans outils spécialisés ». Sauf que le texte autorise les « outils commercialement disponibles ». Traduction : un tournevis Torx suffit légalement.

Bilan des courses : ce n’est pas la batterie amovible qu’on connaissait. C’est une batterie qu’un réparateur agréé (ou vous, si vous êtes courageux) peut extraire avec sept vis et un peu de patience.

Le Fairphone 6 illustre bien ce compromis. Douze composants démontables au tournevis T5, batterie à 40 dollars pièce. Mais l’IP55 fait pâle figure comparé à l’IP68 des flagships. Et niveau finition, on est loin du niveau Samsung ou Apple (c’est du plastique qui fait un peu jouet, désolé pour les fans de la marque).

Il y a aussi une porte de sortie énorme dans le règlement : si un fabricant garantit 80% de capacité après 1 000 cycles de charge, il est exempté. Apple s’en sert déjà pour ses iPhone 14 et plus récents. Autant dire que la plupart des flagships continueront d’ignorer purement et simplement l’esprit de la loi.

Samsung et le cas Z Fold 8 : une preuve par l’exemple

Regardez les derniers Galaxy Z Fold 8 et Z Flip 8, sortis le 22 juillet 2026. Batteries de 4 300 et 4 800 mAh, indice IP48 seulement (les pliants souffrent encore côté étanchéité), et évidemment, zéro accès facile à la cellule.

J’ai eu le Z Fold 8 entre les mains deux jours en boutique. Le pli est plus discret, la charnière Armor FlexHinge tient bien. Mais la batterie ? Toujours aussi verrouillée. Rien n’a changé sur ce point depuis le premier modèle de la gamme. J’en parle plus en détail dans ma comparaison sur les Galaxy Z Flip 8 et Z Fold 8, batterie et caméra à l’appui.

Ce qui m’énerve un peu, c’est la comm autour de « l’innovation » sur ces pliants. La vraie innovation aurait été de proposer un accès batterie propre. Là, on a juste une charge un peu plus rapide (45 W sur le Fold 8) et un châssis plus fin. C’est bien, mais ce n’est pas ce que demandent les défenseurs du droit à la réparation.

L’avis de GeekFlux

Je vais être direct : la batterie amovible classique, celle qu’on retirait en cinq secondes pour la remplacer par une batterie de rechange achetée 15 euros sur un marché chinois, est morte. Définitivement. Ni la loi européenne, ni la pression des associations ne la ressusciteront sous cette forme.

Ce qui me dérange : le double discours des marques qui vendent de la « durabilité » tout en verrouillant leurs appareils à mort. Un peu comme vendre une voiture écolo avec un moteur qu’on ne peut réparer que chez le concessionnaire.

Ce qui me convainc à moitié : le compromis Fairphone. J’ai testé, la batterie amovible fonctionne, mais l’appareil ressemble à un prototype de 2018. Le look plastique, la caméra moyenne, tout ça pèse dans la balance. Je ne le conseille pas en usage principal, plutôt comme second téléphone pour bricoleur.

Ma note perso, complètement subjective : 4/10 pour l’espoir d’un vrai retour de la batterie amovible grand public. Le hic, c’est que même l’Europe a laissé une porte de sortie trop large pour Apple et Samsung.


Source : Engadget

Laisser un commentaire