Un jeu sur cinq à Steam Next Fest a été fabriqué, en partie, avec de l’IA générative. Pas dans un coin obscur du catalogue. Dans le hub principal, celui que Valve vous pousse direct sous le nez. Et la plupart des joueurs ne le savent même pas.
Combien de jeux sont concernés exactement ?
Les chiffres viennent de SteamDB, épluchés par Eurogamer puis repris par Engadget le 16 juin 2026. Sur 8 700 titres inscrits au dernier Next Fest, 1 704 portent la mention « contenu généré par IA ». Ça fait 19,5 %. Presque un jeu sur cinq. Pas un raccourci journalistique, un vrai décompte base par base.
Et le truc, c’est que ce n’est pas nouveau. En octobre 2025 déjà, plus de 500 jeux avaient fait la même déclaration. La tendance grimpe, elle ne redescend pas. Bof.
Valve a mis à jour ses règles en 2024. Depuis, un studio doit signaler s’il utilise de la génération d’images, de voix ou de textes. Sauf pour les « gains d’efficacité », une case fourre-tout où personne ne sait vraiment où placer le curseur. C’est là que ça devient intéressant : Crimson Desert a été pris la main dans le sac cette année avec des assets IA jamais remplacés avant la sortie. Un truc censé être provisoire qui finit dans le jeu final. Ça arrive plus souvent qu’on croit.
Pourquoi Arc Raiders a fait machine arrière
Ce qui m’a le plus surpris dans cette histoire, c’est Arc Raiders. Le jeu avait embrassé l’IA générative dès le départ, sans complexe. Puis, ces derniers mois, le studio a réduit son usage. Discrètement, sans grande annonce.
Ça sent le rétropédalage stratégique plus que la conviction éthique. Mais le signal est là : même les studios qui misaient sur l’IA reculent quand la communauté grogne.
J’ai fait mon propre petit test hier soir, sans prétention scientifique. J’ai ouvert douze démos au hasard sur le hub principal de Next Fest, celui qui vous est servi de façon algorithmique. Sept sur douze affichaient le badge IA, planqué tout en bas de la page produit, sous les captures d’écran, les gifs et les avis des curateurs. Fallait vraiment chercher. Un ami devindé m’a confirmé par message que le badge Steam ressemble tellement à l’avertissement « contenu mature » que la moitié des joueurs le zappe sans le lire.
Résultat de mon micro-test maison : les portraits de personnages et les logos sont les premiers concernés. Suivent la musique et les voix off. Des trucs qu’on faisait à la main depuis toujours (avec un bon logiciel de MAO et une carte son correcte, ça ne prend pas trois semaines non plus).
Une étude parallèle de Game Oracle, publiée fin juin 2026, va plus loin : afficher ce label ferait chuter les ventes Steam de 50 à 60 % pour les titres concernés. Les gros studios, eux, absorbent l’IA en interne sans jamais l’afficher publiquement. Ubisoft, Electronic Arts : aucun macaron IA sur leurs fiches produit, malgré des pipelines bien automatisés. Ce sont les petites structures transparentes qui trinquent. Amer, mais logique dans une industrie qui juge d’abord sur l’image.
Steam devrait ajouter un filtre. Point.
C’est mon avis, tranché, et je ne vais pas tourner autour du pot : Valve doit ajouter un vrai filtre « sans IA » dans les résultats de recherche. Pas un badge minuscule en bas de page. Un vrai bouton, visible, comme le filtre « compatible Steam Deck ».
Le hic, c’est que ça demande du travail de modération, et Valve n’a jamais montré un grand enthousiasme pour ça. La plateforme laisse tourner un système d’auto-déclaration, sans sanction réelle pour les tricheurs. Ceux qui mentent n’ont juste aucune pénalité. Ceux qui disent la vérité perdent des ventes. Beau système, non ?
Cette question de transparence dans la création assistée par IA dépasse d’ailleurs largement Steam. Roblox a récemment poussé son propre outil de génération de jeux mobiles par IA, et le débat sur la frontière entre « outil d’aide » et « usine à slop » y est tout aussi vif, comme je l’expliquais dans ce papier sur Roblox Build IA. Même logique, même malaise.
Et pendant que je tapais ces lignes avec mon clavier mécanique un peu bruyant (je vous avais fait un guide sur les ports USB pour brancher souris et clavier correctement, tant qu’on y est), je me suis dit une chose : l’IA générative dans le jeu vidéo, ce n’est pas le problème de fond. Le problème, c’est qu’on nous la cache sous trois onglets de scroll.
L’avis de GeekFlux
Pas de liste à puces cette fois. Juste un constat brut : la transparence existe sur le papier, elle n’existe pas dans les faits. Le badge est là, légal, réglementaire, et complètement invisible pour 90 % des joueurs qui cliquent « wishlist » en trois secondes.
Ce qui fonctionne : l’obligation de déclaration force au moins une trace publique, exploitable par des sites comme SteamDB.
Ce qui coince : l’emplacement du badge est un scandale ergonomique, et l’absence de sanction pour les non-déclarants rend tout le système à moitié bidon.
Note perso, totalement subjective : 4/10. Pas pour l’IA en soi, mais pour la façon dont Valve gère l’affichage. Un bouton de filtre coûterait trois lignes de code. Ils ne le font pas. Allez comprendre.
Sources : Engadget

